Pourquoi deux copies sur le même énoncé n'ont pas la même note
En mathématiques, ce n'est pas seulement le résultat qui rapporte des points, mais la rédaction : justifier chaque étape, citer le bon théorème, vérifier ses hypothèses. Deux élèves peuvent trouver la même réponse et obtenir l'un , l'autre . La différence se joue ligne par ligne.
Ici, je rédige trois démonstrations classiques de Terminale de deux façons :
- Version A — style « élève moyen », résultat correct mais rédaction trouée (note à ).
- Version B — style « copie à », chaque affirmation justifiée (note ).
Après chaque exemple, je liste les points perdus, là où le correcteur biffe.
Exemple 1 — Continuité d'une fonction prolongée
Énoncé. Soit pour , et . La fonction est-elle continue en ?
Version A (note 2/5)
« . En ça fait . Donc c'est continu. »
Version B (note 5/5)
« Pour , on factorise : , donc .
On calcule la limite : .
Or, par définition, . Comme , la fonction est continue en . »
Points perdus dans la version A
- La simplification n'est pas justifiée. Écrire sans préciser « pour » ni montrer la factorisation : .
- Pas de limite explicite. « En ça fait » : on ne calcule pas une valeur en un point où n'est pas défini, on calcule une limite. C'est le cœur de la notion de continuité : .
- Le critère de continuité n'est pas énoncé. Il faut comparer et et conclure par l'égalité : .
Exemple 2 — Théorème des valeurs intermédiaires
Énoncé. Montrer que l'équation admet une solution dans .
Version A (note 2/5)
« et . Ça change de signe donc il y a une solution. »
Version B (note 5/5)
« Posons . La fonction est un polynôme, donc continue sur .
On calcule : et . Ainsi est compris entre et .
D'après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe au moins un réel tel que . L'équation admet donc une solution dans .
De plus, : est strictement croissante, donc cette solution est unique. »
Points perdus dans la version A
- La continuité n'est pas mentionnée. C'est l'hypothèse centrale du théorème : sans elle, le changement de signe ne prouve rien. .
- Le théorème n'est pas nommé. « Ça change de signe donc » n'est pas une justification : il faut citer le TVI. .
- Pas de variable conclusive. On doit affirmer l'existence d'un tel que . .
Exemple 3 — Récurrence
Énoncé. Montrer que pour tout entier , .
Version A (note 2/5)
« Vrai pour . Si vrai pour , alors pour on ajoute et ça marche. Donc vrai. »
Version B (note 5/5)
« Notons : « ».
Initialisation. Pour : le membre de gauche vaut , le membre de droite . Donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier fixé. Alors :
On factorise par : .
C'est exactement . L'hérédité est établie.
Conclusion. Par le principe de récurrence, est vraie pour tout entier . »
Points perdus dans la version A
- La propriété n'est pas définie. Sans énoncé clair de l'hypothèse de récurrence, la copie est inexploitable : .
- Le calcul d'hérédité est absent. « Ça marche » ne montre pas comment on passe de à : c'est l'étape qui rapporte le plus de points. .
- Pas de conclusion par le principe de récurrence. .
À retenir. Une démonstration parfaite répond toujours à trois questions implicites du correcteur :
- Quelles hypothèses ? (continuité, dérivabilité, positivité…)
- Quel théorème ? (nommé explicitement)
- Quelle conclusion ? (une phrase qui répond à la question posée)
Le résultat juste sans justification vaut rarement plus de la moitié des points.
La grille mentale à appliquer sur chaque copie
- Je nomme les objets (, , …) avant de les utiliser.
- Je vérifie les hypothèses du théorème avant de l'invoquer.
- Je cite le théorème par son nom.
- Je rédige une phrase de conclusion qui reprend les termes de la question.
Pour aller plus loin
Consulte la fiche rédiger une démonstration et comment citer un théorème. S'entraîner à rédiger les deux versions soi-même, puis comparer, est l'exercice le plus rentable avant l'examen.