🎛️ Manipule : crée ou referme le saut
Déplace le paramètre s pour décaler le morceau de droite. Quand les deux morceaux se rejoignent, la fonction devient continue.
← Saut négatif · Centre : s = 0 → CONTINUE · Saut positif →
Limite à gauche
1.000
Limite à droite = f(1)
2.000
État en = 1
DISCONTINUE ✗
s = +1 : la limite à droite (2) ne vaut pas la limite à gauche (1). Il y a un saut de 1 en = 1 → discontinuité.
✏️ L'idée intuitive : tracer sans lever le crayon
Une fonction est continue si tu peux tracer sa courbe sans jamais lever le crayon. Pas de trou, pas de saut, pas de cassure brutale : la courbe est d'un seul tenant.
Au contraire, quand la courbe « saute » d'une valeur à une autre en un point, on dit qu'elle est discontinue en ce point. Le crayon doit décoller du papier : c'est exactement ce que tu vois dans la visualisation ci-dessus quand .
Exemple du quotidien : la température au cours d'une journée est continue (elle ne « saute » jamais d'un coup de 10°C à 25°C). Mais le prix d'un timbre, qui passe brusquement d'une valeur à une autre, est discontinu : il fait des sauts.
📐 La définition rigoureuse : avec les limites
L'intuition « sans lever le crayon » est jolie, mais les mathématiciens ont besoin d'une définition précise. Elle repose sur la notion de limite. On dit que est continue en un point si :
Autrement dit, trois conditions doivent être réunies :
- existe (le point appartient à l'ensemble de définition) ;
- la limite existe ;
- ces deux nombres sont égaux.
Plus finement, on regarde la limite à gauche et la limite à droite . La fonction est continue en exactement quand :
Dans la visualisation, le morceau de gauche est pour , et le morceau de droite est pour . La limite à gauche en vaut toujours , tandis que la limite à droite — qui est aussi — vaut . Les deux coïncident uniquement quand : c'est le seul cas où la fonction est continue.
📚 Les fonctions continues que tu connais déjà
Bonne nouvelle : presque toutes les fonctions du programme sont continues sur leur ensemble de définition. Tu n'as donc jamais à le vérifier à la main pour :
- les fonctions polynômes (comme , ) — continues sur ;
- la fonction exponentielle — continue sur ;
- la fonction logarithme — continue sur ;
- la racine carrée — continue sur ;
- les fonctions sinus et cosinus — continues sur .
De plus, somme, produit, composée de fonctions continues restent continues. Un quotient est continu partout où il est défini, c'est-à-dire là où le dénominateur ne s'annule pas. Par exemple est continue sur et sur , mais pas en (où elle n'est même pas définie).
Où trouve-t-on des discontinuités ? Essentiellement dans les fonctions définies par morceaux (comme dans la viz), dans la partie entière (qui saute à chaque entier), ou aux points où un dénominateur s'annule.
🔗 Continuité et dérivabilité
Il existe un lien fort, mais à sens unique, entre dériver et être continu :
dérivable en continue en
Si une fonction admet une tangente en un point (donc une dérivée), alors elle est forcément continue en ce point. C'est logique : pour avoir une pente bien définie, la courbe ne peut pas sauter.
Mais la réciproque est fausse ! Une fonction peut être continue sans être dérivable. L'exemple roi est la valeur absolue : elle se trace sans lever le crayon (donc continue partout), mais en elle forme un angle. À gauche la pente vaut , à droite elle vaut : il n'y a pas de tangente unique, donc pas de dérivée en .
🎯 Le rôle clé : le théorème des valeurs intermédiaires
Voilà pourquoi la continuité compte vraiment. Elle est l'hypothèse centrale du théorème des valeurs intermédiaires (TVI), l'un des résultats les plus utilisés du programme.
TVI : si est continue sur , alors pour tout nombre compris entre et , il existe au moins un tel que .
Concrètement : si une fonction continue passe de la valeur à , alors elle a forcément pris la valeur quelque part entre et . C'est la base de la résolution d'équations : on prouve qu'une solution existe, même sans savoir la calculer.
Avec l'hypothèse supplémentaire que est strictement monotone, le TVI garantit que cette solution est unique (c'est le « corollaire » ou théorème de la bijection). C'est exactement l'outil qu'on utilise pour montrer qu'une équation comme admet une solution unique, puis pour l'encadrer par balayage ou dichotomie.
Et sans continuité ? Tout s'effondre. Si la fonction saute (comme dans la viz quand ), elle peut très bien passer de à sans jamais valoir : elle a sauté par-dessus. C'est précisément pour cela que la continuité est indispensable.
🎓 Le lien avec ton programme bac
La continuité est un chapitre charnière de Terminale. Elle relie les limites (vues juste avant) au TVI et au calcul intégral. Tu la retrouveras dans :
- Résolution d'équations par le TVI et son corollaire de bijection ;
- Encadrement de solutions par balayage / dichotomie (algorithmique) ;
- Étude de fonctions définies par morceaux : vérifier le raccord (limites à gauche/droite) ;
- Calcul intégral : toute fonction continue sur admet des primitives (théorème fondamental) ;
- Suites récurrentes : si est continue et converge vers , alors .